Accueil " Chirurgiens de France."

Réunis au sein d'un nouveau syndicat


Les chirurgiens libéraux repartent en campagne

 


La création de l'Union des chirurgiens de France (Ucdf) pourra-t-elle relancer le mouvement des chirurgiens après un exil en Angleterre qui n'a pas vraiment mobilisé ? Ce nouveau syndicat veut obtenir coûte que coûte l'application des accords du 24 août. La Csmf et le SML mettent en garde l'Ucdf contre les risques de « corporatisme et d'isolement » des chirurgiens.


AU LENDEMAIN DE LEUR voyage en Angleterre, qui n'a pas eu le succès qu'ils espéraient, les chirurgiens libéraux attendent de la naissance de l'Union des chirurgiens de France (Ucdf) qu'elle donne un second souffle à leur mouvement de contestation.
Il y a une semaine, ils n'étaient que trois cent cinquante sur un millier de praticiens attendus, à franchir le channel (« le Quotidien » du 12 mai).
Samedi, un peu plus de quatre cents ont voté les statuts de l'Ucdf, née de la fusion de l'Union des chirurgiens français (UCF) et du collectif des Chirurgiens de France (CDF). Le Dr Philippe Cuq, chef de file de l'opération Seconde Manche, y voit le signe que « le mouvement des chirurgiens n'est pas près de s'éteindre : on nous a beaucoup dénigré ces derniers jours, mais nous sommes très satisfaits de cet exil en Angleterre qui nous a permis de travailler pour l'avenir », dit-il.
Pendant trois jours, les chirurgiens ont planché outre-Manche sur les problèmes de la profession : la rémunération, la responsabilité civile professionnelle (RCP) et une hypothétique réouverture du secteur II. Autant de thématiques chères à la nouvelle Ucdf qui a pour objectif de représenter l'ensemble des chirurgiens libéraux, toutes spécialités confondues, et à amplifier l'action des chirurgiens pour faire respecter les accords signés le 24 août 2004 par le ministre de la Santé, le président de l'Union nationale des caisses d'assurance-maladie (Uncam) et les syndicats médicaux (Csmf, SML, Alliance). Les chirurgiens attendent en effet une majoration de 25 % de « tous les actes chirurgicaux et tous les chirurgiens quel que soit leur secteur d'exercice comme le prévoyaient les accords ».
Ils souhaitent également que les astreintes sur les centres d'urgence soient rémunérées pour toutes les équipes chirurgicales d'astreinte et que les anciens chefs de clinique puissent retrouver le choix de leur secteur d'exercice.
Le Dr Philippe Cuq est amer : « Tous les gens qui disent que les accords ont été respectés posent un problème de responsabilité. Soit ils sont malhonnêtes, soit ils sont aveugles et manipulés. »


Unité ou corporatisme ?
La naissance de l'Ucdf n'est pas accueillie de la même façon par les syndicats de médecins libéraux. La Fédération des médecins de France (FMF) s'est fendue d'un communiqué pour « saluer favorablement la création d'une structure syndicale qui va rassembler les différentes spécialités chirurgicales pour la défense et la survie de la chirurgie libérale française ». Le président de l'Union des médecins spécialistes (Umespe-Csmf), le Dr Jean-François Rey, a, quant à lui, mis en garde l'Ucdf contre le risque d'un « trop grand corporatisme » des chirurgiens : « Que les chirurgiens parlent d'une seule voix est une bonne chose, mais il leur faudra travailler dans l'unité avec les spécialités qui partagent leur exercice. » Le Dr Rey porte un « regard triste » sur « l'exil manqué des chirurgiens » car « tout mouvement qui échoue affecte la position des syndicats ». Selon le Dr Rey, le manque de préparation du mouvement et l'essoufflement de la dynamique d'août dernier expliquent la faible mobilisation.
« On ne fait pas deux fois la même chose », juge le Dr Jacques Meurette, fondateur de l'UCF en 1993, et aujourd'hui au SML. En désaccord avec le Dr Cuq, le chirurgien a démissionné de l'UCF la semaine dernière pour « réserver [sa] participation à des structures qui lui paraissent plus efficaces ». Il continuera donc à travailler sur l'avenir de la chirurgie au Syndicat des médecins libéraux (SML) dont il est vice-président. « Je n'ai pas réussi à m'entendre avec le Dr Cuq et je le regrette, confie-t-il. J'étais contre ce mouvement en Angleterre, mais je me suis tu. Nous avons les mêmes objectifs, mais pas les mêmes méthodes. » Le Dr Meurette estime que le retard pris dans l'application des accords d'août ne sont pas le fait du ministère de la Santé mais plutôt des « lenteurs administratives de notre pays ». Le vice-président du SML ne partage pas la stratégie du Dr Cuq : « La volonté de l'Ucdf est de travailler sans concertation avec la Csmf, le SML et Alliance. Je redoute que cette décision n'enferme ce syndicat dans un isolement préjudiciable et peu constructif. »
L'Ucdf doit procéder à l'élection de son bureau et de son président lors d'une prochaine assemblée générale en juin. « Nous ne bougerons pas de notre ligne d'action tant que les accords d'août ne seront pas appliqués », affirme le Dr Cuq. La prochaine commission de hiérarchisation de la Ccam qui se tiendra les 23 et 24 mai aura valeur de test. « Si les choses ne bougent pas, l'Ucdf est prête à mener de nouvelles actions », prévient Philippe Cuq.


> CHRISTOPHE GATTUSO


Le Quotidien du Médecin du : 18/05/2005