Entorses à la tarification à l'activité : Les prothèses auront un financement spécial
C'est officiel : cette année, toute une série de produits innovants
et coûteux - dispositifs médicaux et médicaments - seront
remboursés intégralement, à l'euro près, en plus
des tarifs instaurés par la tarification à l'activité (T2A).
Industriels et chirurgiens orthopédistes expriment leur soulagement.
Les seconds craignaient de perdre leur liberté de prescription si les
autorités avaient refusé ce financement spécial pour les
prothèses.
DEUX ARRÊTÉS parus au « Journal officiel » du 10 mai
fixent la liste des dispositifs médicaux et médicaments particulièrement
coûteux qui feront l'objet d'un remboursement en sus des prestations d'hospitalisation
- autrement dit, en plus des tarifs par groupe homogène de séjour
(GHS), dans le cadre de la tarification à l'activité (T2A).
Une victoire, pour les professionnels de santé autant que pour les industriels,
qui craignaient l'intégration des prothèses articulaires et des
stimulateurs cardiaques au sein des tarifs GHS. Rappelons qu'il existe environ
700 GHS, donc 700 tarifs de prestation différents. Ces tarifs GHS correspondent
à un financement global intégrant tous les coûts d'un séjour
hospitalier ; ils servent à payer les frais hôteliers, les actes
cliniques mais aussi les traitements thérapeutiques et les dispositifs
médicaux.
Avec la parution de ces deux arrêtés, toute une série de
dispositifs et de médicaments, répartis en une quarantaine de
catégories, sortent des tarifs GHS, et vont être directement remboursés
aux établissements de santé, à l'euro près.
Respiration financière.
Quelle conséquence pour les chirurgiens qui utilisent les dispositifs
médicaux implantables ? « Nous allons conserver notre liberté
de prescription », explique le Dr Jacques Caton, président du Syndicat
national des chirurgiens orthopédistes (Snco). Sinon, quel aurait été
le danger ? « On n'aurait pas pu continuer les reprises totales de hanche
dans le secteur privé, car les allogreffes coûtent très
cher aux établissements, répond Jacques Caton. Là, ça
permet aux établissements de respirer au plan financier. » Et aux
industriels également.
Le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem),
qui regroupe 200 entreprises spécialisées dans le domaine des
dispositifs et technologies de santé, se félicite dans un communiqué
de la prise en compte de ses propositions. Son directeur général,
Odile Corbin, s'explique au « Quotidien » : « Nous avons réussi
à convaincre l'administration que certains dispositifs médicaux
introduisaient une distorsion de coût. Certains GHS sont hétérogènes,
ils mélangent plusieurs types de patients et d'actes. Par exemple, il
n'y a qu'un GHS [donc un seul tarif, ndlr] pour la pose de prothèses,
qu'il s'agisse du genou, de la hanche ou de l'épaule. C'est une aberration
au plan économique, car ce n'est pas le même acte, et ces prothèses
n'ont pas le même coût. Certaines prothèses coûteuses
auraient pu ne pas rentrer dans le tarif GHS. Idem pour les stimulateurs cardiaques
: il n'y a qu'un GHS, qu'il s'agisse de la pose d'un stimulateur simple ou double
champ, or ce ne sont pas du tout les mêmes produits. »
Ayant obtenu le remboursement intégral des produits innovants, sur la
base des tarifs fixés par le comité économique des produits
de santé (Ceps), les industriels n'auront pas à tirer leurs prix
vers le bas, et à brader les médicaments et les dispositifs les
plus coûteux, dans l'espoir de continuer à les vendre. Dans un
premier temps du moins. Car les établissements de santé - et c'est
nouveau - ont désormais la possibilité de négocier les
prix. Et puis, le ministère de la Santé a prévu un dispositif
de régulation en cours d'année, pour contenir les dépenses.
« Le financement reste encadré », rappelle Martine Aoustin,
chef de la mission T2A au ministère. Si les produits coûteux figurant
sur la liste sont vendus en masse - les médecins pourront être
tentés, c'est une des dérives possibles, de les prescrire plus
souvent, sachant que leur remboursement est garanti -, et donc, si les dépenses
dérapent, « on régulera en prix/volume », précise
Martine Aoustin. Autrement dit, « les tarifs pourront être revus
à la baisse ».
Le Snitem le sait bien, qui attend de voir comment se déroulera l'année
2005. Pour 2006 en revanche, le syndicat n'a aucune garantie. « Comment
la liste parue au "JO" évoluera-t-elle, on l'ignore complètement,
cela nous inquiète », déclare le directeur général,
Odile Corbin.
> DELPHINE CHARDON