Hôpitaux privés à but non lucratif
Les médecins dénoncent les différences avec le secteur
public
Les médecins des établissements de santé privés
à but non lucratif ont rendu public un livre blanc qui rend compte des
disparités, concernant notamment le temps de travail, entre leur secteur
et le secteur public. Des disparités qui fragilisent grandement ses conditions
d'existence.
LE CRI d'alarme lancé en février dernier par les médecins
des établissements de santé privés à but non lucratif
(voir « le Quotidien » du 22 février 2005) prend à
présent la forme d'un livre blanc qu'ils viennent de rendre public.
Ainsi, les présidents de commissions médicales d'établissements
et le Syndicat national des médecins et praticiens salariés des
hôpitaux et des établissements de soins privés à
but non lucratif et lucratif dénoncent ensemble les « conditions
dans lesquelles les médecins sont actuellement employés dans les
établissements » et contestent « leurs statuts ».
Le problème des lois Aubry.
Ces revendications font principalement suite aux difficultés d'application
des lois Aubry sur les trente-cinq heures. Mais pourquoi rendre public un livre
blanc aujourd'hui ? « De 1999 à 2004, les médecins ont été
entendus par de multiples interlocuteurs (ARH, Dhos, cabinets ministériels...)
auprès de qui ils ont dénoncé les contraintes excessives
liées à la durée et à l'aménagement du temps
de travail, mais les mêmes réponses leur ont été
apportées à chaque fois : à savoir que le régime
des trente-cinq heures qui leur était appliqué équivalait
à une situation de blocage », explique le Dr Jean-Pierre Genet,
président de la conférence des présidents de CME. Un blocage
lié à la dualité entre le secteur public et le privé
à but non lucratif où les modalités d'application des trente-cinq
heures n'ont pas été les mêmes. « Comment concevoir,
dans ce cadre, une organisation hospitalière efficace, notamment dans
les services au contact de l'urgence ou fonctionnant sur le mode dit en temps
médical continu, sans les aménagements spécifiques qu'ont
les hôpitaux publics et sans l'intégration du temps de garde au
temps de travail ? » s'interroge Jean-Pierre Genet.
Selon la Fédération des établissements hospitaliers et
d'assistance privés à but non lucratif (Fehap), le secteur hospitalier
qu'elle représente subit de nombreuses contraintes : les médecins
y exercent leur métier comme salariés sans secteur privé,
les administrateurs s'investissent bénévolement, les assises financières
sont issues de la générosité, l'exercice relève
du droit privé (ce qui implique que les déficits non couverts
peuvent entraîner un dépôt de bilan, à la différence
du secteur public qui bénéficie de report de charges) et du code
du travail qui empêche l'emploi de vacataires ou de médecins étrangers.
Si ces contraintes ne sont pas nouvelles, le dossier des trente-cinq heures
les a considérablement alourdies. « La concurrence avec le public
est totalement faussée et continuera à l'être, tant que
l'on ne veut pas voir quelles sont les charges spécifiques de notre secteur
et en tenir compte pour fixer les tarifs et permettre aux établissements
d'une manière fiable de prévoir leurs résultats suffisamment
à l'avance », ajoute Jean-Pierre Genet.
Faute de quoi, un certain nombre d'établissements du secteur privé
participant au service public hospitalier risquent « de ne plus pouvoir
payer leurs employés d'ici à la fin de l'année »,
préviennent les responsables de la conférence des présidents
de CME. Concrètement, les médecins réclament donc «
une transparence financière complète », « des charges
salariales comparables au public », « des conditions d'emplois rediscutée
» et « une prise en compte similaire de la directive européenne
» qui limite le temps de travail à quarante-huit heures. Avec ce
livre blanc, les médecins tenteront de sensibiliser un maximum de parlementaires
et d'élus locaux aux difficultés de l'hôpital privé
à but non lucratif, en espérant qu'il ne soit pas comme une bouteille
à la mer. Auquel cas, les médecins auraient comme ultime recours
de déposer une plainte devant le Comité européen des droits
sociaux qui pourrait sanctionner la France pour manquement à la Charte
sociale européenne. Une éventualité jugée de plus
en plus tentante.
> VERONIQUE HUNSINGER