| Sandra Boutin |
Les chirurgiens libéraux
étaient 800 à avoir réservé leur place dans l´Eurostar
spécialement affrété pour eux ce mardi matin. Néanmoins, selon
la SNCF, seule la moitié d´entre eux serait effectivement
montée dans le train. Qu´importe, considèrent les
organisateurs, le principal étant que 2.500 praticiens ont
stoppé leur activité depuis lundi matin, clouant le bec à ceux
qui pensaient que les chirurgiens ne sauraient pas se
mobiliser une seconde fois.
« Regardez, la majorité
des chirurgiens ont les tempes grises », s´emporte un
candidat à l´exil. « Notre métier n´intéresse plus les
jeunes. Les actes n´ont pas été revalorisés depuis quinze ans,
on croule sous les charges. Aujourd´hui, travailler nous coûte
de l´argent. C´est pour ces raisons qu´il est important de
participer à ce voyage en Angleterre ».
Pendant
quatre jours, les participants travailleront à la constitution
de leur syndicat, l´UCDF (Union des chirurgiens de France),
lequel devrait tendre à faire évoluer l´image de la
profession, jusqu´ici souvent considérée comme individualiste.
En outre, les chirurgiens en exil travailleront sur la V2 de
la CCAM, laquelle doit corriger la classification commune des
actes techniques en vigueur depuis la fin du mois de mars.
Cette version numéro 2 devrait être annoncée d´ici la fin de
ce mois de mai, après quoi il sera beaucoup plus difficile de
revenir sur les codages. Le collectif des Chirurgiens de
France entend donc influer autant que possible sur les actes
qui les concernent et proposera donc des corrections dans les
jours qui viennent.
Et puis, surtout, le collectif veut
que le gouvernement tienne ses promesses : « on veut
l´application des accords d´août 2004.On ne fait pas de
surenchère, il faut simplement que le gouvernement fasse ce
qu´il dit », plaide Philippe Cuq, porte-parole du
mouvement et sans doute futur président du syndicat en
formation. Et Xavier Gouyou-Beauchamps d´ironiser : « on a
signé les accords avec Philippe Douste-Blazy. On préfèrerait
donc que cette affaire soit réglée avant qu´il ne quitte ce
ministère ».
Jean Marty, gynécologue et élu de
l´URML Midi-Pyrénées, est également du voyage. Selon lui, à
partir du moment où « la chirurgie ne supporte pas la
médiocrité », où « les gens s´attendent à avoir le
mieux et ne veulent pas d´une chirurgie à deux vitesses »,
l´absence de revalorisation des praticiens et la non
application des accords passés est incompréhensible et ne
souffre aucune excuse. Pour lui, « on ne peut pas faire de
bricolage en chirurgie » et c´est pourtant vers cela que
la profession pourrait tendre si ces fameux accords ne
devaient pas être appliqués. Selon lui, après la signature des
accords du 24 août 2004, Philippe Douste-Blazy se serait fait
taper sur les doigts par Jean-Pierre Raffarin et Jacques
Chirac qui ne voulaient pas de cet accord. Ce serait la raison
pour laquelle les chirurgiens seraient toujours en attente de
son application. Quoi qu´il en soit, fustige-t-il, aujourd´hui
« la sécurité sociale ne sait pas adapter le prix au coût
» et c´est là que réside l´essence même du
conflit.
Dans quatre jours, les chirurgiens reviendront
en France et, préviennent-ils déjà, sauf à ce que Philippe
Douste-Blazy ait une réponse claire à leur apporter, de
nouvelles actions seront organisées durant l´été. « Voilà à
quoi nous sommes réduits pour nous faire entendre, déplore
le Dr. Marty, faire les guignols ».
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