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“La photo du siècle” estiment en riant le chirurgien Bernard Boden, les généralistes Daniel Jatob et Jean Cheung-Toï-Cheung ainsi que le spécialiste Jean-Pierre Laurent-Grandpré, protagonistes de la conférence de presse, tant se fait rare l’union pluridisciplinaire entre nordistes et sudistes du métier (photo FLY).
  • “La photo du siècle” estiment en riant le chirurgien Bernard Boden, les généralistes Daniel Jatob et Jean Cheung-Toï-Cheung ainsi que le spécialiste Jean-Pierre Laurent-Grandpré, protagonistes de la conférence de presse, tant se fait rare l’union pluridisciplinaire entre nordistes et sudistes du métier (photo FLY).
  • SANTÉ
    Demain, grève des médecins
    Si l’on en croit les syndicats, il ne fait pas bon être toubib à la Réunion par les temps qui courent. Et si la situation financière précaire de certaines catégories de praticiens perdure, l’île ne risque plus d’attirer de jeunes médecins dans le département où la qualité de la filière santé se trouve, du coup, menacée. Les chirurgiens en premier. Il y a de l’injustice dans l’air et leurs confrères se montrent solidaires.

    [8 mai 2005]

    Les chirurgiens du département s’apprêtent à manifester du 9 au 16 mai, pour commencer, par une grève signifiant l’état d’urgence dans lequel se trouve leur corporation face, selon eux, au non-respect des accords pourtant signés en août dernier entre leur ministère et la caisse d’assurance maladie UNCAM, entente visant à rétablir le déficit qui ici perdure depuis quinze ans. La revalorisation des plateaux techniques et du tarif des actes libéraux. Un secteur où selon Bernard Boven, chirurgien orthopédiste à Saint-Denis et représentant le collectif des Chirurgiens de France, “il règne une grosse pagaille” avec perte de 12 à 15 %, plus ségrégation au sein de la profession selon le secteur dans lequel elle s’exerce. “Les chirurgiens sont comme les espèces classées en annexe III de la convention de Washington : en voie de disparition”, renchérit à ses côtés Daniel Jatob, président du syndicat SOS Réunion associant généralistes et spécialistes. “Nous venons donc les soutenir pour montrer notre sens des responsabilités et l’attachement à notre système de santé dont une branche essentielle risque ainsi d’être amputée.

    Pas question de brader la qualité Ce qui se passe pour les chirurgiens attend, à terme, les spécialistes dont tous les actes ne sont pas indexés sur le coût de la vie plus chère qui prévaut à la Réunion. Même punition depuis 1999. Or il nous faut pour être performants, être équipés de matériel sophistiqué et cher, assistés par des professionnels, assumer les charges de leur emploi, ce qui nous amène à un seuil on ne peut plus critique”. Et le syndicaliste d’expliquer que l’absence de revalorisation induit des praticiens “sous-payés”, “incapables de faire face à la demande” et “de moins en moins nombreux, 10 % des spécialistes n’étant pas remplacés”. Sans compter que la population locale vieillit et requiert davantage de soins. Jean Cheung-Toï-Cheung, qui représente les médecins généralistes de la Réunion, estime que la santé à l’échelon national est trop polarisée sur les dispositifs du médecin traitant. “Ils occupent l’ensemble de la communication au gouvernement comme au sein des caisses alors qu’il existe des problèmes sérieux comme la survie des chirurgiens. Une élite autrefois. Les meilleurs étudiants s’y inscrivaient. Ce n’est plus le cas de nos jours. En outre, le ministère et les assurances s’ingénient à monter les généralistes contre les spécialistes qui, pourtant, à la Réunion, gardent de bonnes relations, dans l’intérêt du patient. Autant de raisons qui font que nous sommes solidaires, car nous tenons à ce que les chirurgiens puissent continuer à exercer une pratique de qualité et non un abattage du fait de l’enchaînement des actes pour subsister”. Il y a injustice, précise encore le médecin du Tampon. Comme celle qui, il y a deux ans, pénalisait les consultations généralistes (de 20 euros en métropole, elles devaient passer ici, indexation oblige, à 44 euros). “Il a fallu que les syndicats manifestent pour que “l’oubli” soit réparé”. Pour sa part, Jean-Pierre Laurent-Grandpré, le représentant des spécialistes au sein de SOS Réunion, résume la situation et rappelle que, outre le soutien inconditionnel apporté par sa chapelle aux chirurgiens, la grève complète de demain lundi revêt le caractère d’une revendication spécifique et urgente, l’obtention de l’indexation de 20 % qui n’a jamais été accordée à sa corporation, contrairement au reste du corps médical. “Le soutien des généralistes qui sont près d’un millier dans l’île s’avère donc précieux et capital pour nous les spécialistes qui ne sommes que 300 et pour les chirurgiens, moitié moins nombreux...”.

    Marine Dusigne


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