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Voir aussi : Les syndicats signataires, Jacques Domergue, les astreintes pour la CNAM.
23/03/2005 CHIRURGIENS LIBERAUX : LE RETOUR DE LA CONTESTATION
Les chirurgiens reprennent le chemin de la contestation. Ils estiment que
l’accord d’août dernier, qui prévoyait notamment
des revalorisations pour les chirurgiens du secteur I et la mise en place,
au 1er juillet 2005, d’un secteur optionnel, a pris beaucoup de retard.
Ils menacent de faire une journée d’exil symbolique dans un pays
étranger le 9 mai si les choses n’ont pas avancé d’ici
là. De son côté, le gouvernement assure que ce dossier
progresse normalement et il a confié au Pr Jacques Domergue, président
du Conseil de la chirurgie, une mission pour faire le point sur la mise en
place de cet accord
Le retour de la contestation
Les Chirurgiens de France annoncent une reprise de leur mouvement « la
France sans chirurgiens » à compter du 9 mai car ils estiment que
l'accord conclu avec eux le 24 août n'est pas respecté.
C'EST REPARTI. Les Chirurgiens de France (CDF) préparent à nouveau
« un grand mouvement qui va concerner 3 000 praticiens » de leur
spécialité « à partir du 9 mai ». Après
avoir brandi la menace d'un exil massif des chirurgiens libéraux français
en Angleterre l'été dernier, le collectif CDF envisage aujourd'hui
une mobilisation similaire, avec un « point de rencontre à Paris
», selon des modalités qui seront précisées ultérieurement.
« C'est hélas la seule façon de traiter notre problématique
», commente le Dr Philippe Cuq, porte-parole des Chirurgiens de France.
La précédente crise avait été résolue in
extremis par l'accord du 24 août (1), qui visait à panser les trois
plaies de la spécialité : gel tarifaire des actes chirurgicaux
depuis 1990 - en dépit de leur pénibilité et des risques
courus -, flambée des primes d'assurance liée au phénomène
de judiciarisation, et, par conséquent, déclin des vocations.
Selon le Dr Cuq, les neuf points de l'accord ne sont toujours pas appliqués
dans leur intégralité, si bien que les chirurgiens libéraux
« se sentent trahis et ulcérés ».
De leur côté, les centrales syndicales signataires de l'accord
du 24 août et de la convention s'efforcent de rassurer les chirurgiens
en affirmant que les promesses seront bientôt toutes tenues (voir ci-dessous).
Echaudé par la dernière opération « la France sans
chirurgiens », le ministère de la Santé tente de désamorcer
la nouvelle offensive de cette spécialité en demandant une réunion
urgente du Conseil national de la chirurgie le 15 avril, afin de « dresser
un premier bilan d'application » de l'accord.
Ecran de fumée.
Peine perdue. Le Dr Cuq n'y voit que « désinformation » et
« écran de fumée ». Le Dr Gérard Maudrux, membre
du collectif CDF et président de la Carmf (la caisse de retraite des
médecins libéraux), va plus loin en évoquant le non-respect
d'un engagement verbal du ministre de la Santé. En échange de
l'annulation de leur départ outre-Manche, Philippe Douste-Blazy aurait
« promis [aux animateurs du collectif CDF, ndlr] de leur donner le secteur
II à condition qu'ils n'en disent rien », affirme le Dr Maudrux.
Dans le contexte actuel, ce chirurgien urologue brise le silence, s'estimant
« déchargé de la parole donnée ».
Pour les Chirurgiens de France, la réouverture du secteur II au 30 juin
2005, pour quelque 1 000 chirurgiens de secteur I anciens chefs de clinique-assistants
(point 9 de l'accord du 24 août), est plus que jamais nécessaire
à l'heure où la classification commune des actes médicaux
(Ccam) techniques ne répond pas à leurs attentes. Au lieu de garantir
comme prévu une revalorisation de + 25 % des actes chirurgicaux au 1er
avril, la Ccam aboutirait, selon le collectif, à seulement « +5-10
% » d'augmentation pour les chirurgiens de secteur I et à «
- 5-10 % » de baisse tarifaire pour les secteur II, compte tenu des «
20 à 30 % d'erreurs dans le transcodage » (transposition des anciens
tarifs sur les 7 200 libellés de la Ccam). « En diminuant les remboursements
[pour les secteur II qui représentent 80 % des chirurgiens, ndlr], on
met la chirurgie à deux vitesses, à la charge des patients, comme
les lunettes et les dents », déplore le Dr Maudrux.
L'évolution de leurs honoraires inquiète d'autant plus les chirurgiens
qu'ils éprouvent, selon le Dr Guy-Marie Cousin, président du Syngof
(Syndicat des gynécos et obstétriciens), « un sentiment
d'abandon » face au problème de leurs primes d'assurance en responsabilité
civile professionnelle (RCP), « toujours en suspens ».
Les hospitaliers pourraient être de la partie.
Les Chirurgiens de France préviennent que leur mouvement pourrait inclure
cette fois les confrères hospitaliers. « Oui, cela peut bouger
à l'hôpital », confirme le Dr Jean-Gabriel Brun de l'Union
collégiale des chirurgiens et spécialistes français (Uccsf-Alliance),
dont les adhérents exercent dans les deux secteurs, public et privé.
« Le mouvement de Wembley a ouvert l'appétit des chirurgiens hospitaliers
», explique le Dr Brun. Quant au collectif Chirurgie hôpital France
(2), il se tient dans les starting-blocks. « On observe une relative symétrie
dans la non-mise en œuvre des accords d'août », fait remarquer
son porte-parole, le Dr François Aubart. Si « certains éléments
» de l'accord conclu début septembre avec les chirurgiens de l'hôpital
public, « le calendrier n'est pas respecté et les mesures les plus
importantes ne se concrétisent pas encore ». En tant que président
de la Coordination médicale hospitalière, le Dr Aubart s'apprête
à signer un accord sur la revalorisation du statut des praticiens hospitaliers
(PH), qui prévoit une part complémentaire variable dans la rémunération
de certains PH, dont les chirurgiens. Mais il « attend très concrètement
les arrêtés ministériels de mise en œuvre des décisions
prises ». « On ne pourra pas rester l'arme au pied si les réponses
sont dilatoires », avertit le porte-parole du collectif Chirurgie hôpital
France.
Le mois de mai promet d'être agité.
> AGNÈS BOURGUIGNON
(1) Cet accord a été officiellement paraphé le 26 août
2004 par le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, le secrétaire
d'Etat à l'Assurance-Maladie, Xavier Bertrand, le président et
le directeur de la Caisse nationale d'assurance-maladie et les présidents
des quatre centrales syndicales représentatives des spécialistes
(Csmf, SML, FMF et Alliance).
(2) Le collectif Chirurgie Hôpital France regroupe deux intersyndicats
de PH, la Coordination médicale hospitalière (CMH) et le Syndicat
national des médecins des hôpitaux publics (Snam) ainsi que trois
syndicats de chirurgiens, le Syndicat des chirurgiens hospitaliers (SCH), le
Syndicat des médecins des hôpitaux privés (Symhospriv) et
l'Union collégiale des chirurgiens et spécialistes français
(Uccsf).
Xavier Bertrand : tous les points du protocole ont été engagés
Le secrétaire d'Etat à l'Assurance-Maladie, Xavier
Bertrand a assuré que « tous les points du protocole d'accord »
revalorisant les chirurgiens libéraux conclu le 26 août 2004 «
avaient été engagés » et que son application était
« en bonne voie, même s'il reste des choses à concrétiser
sur le terrain ».
Il a confirmé que le Conseil national de la chirurgie, créé
le 16 juin et constitué d'une quinzaine de représentants des principales
organisations professionnelles de la chirurgie, se réunirait avant le
15 avril afin de « pouvoir faire de manière objective, transversale
et sereine, le bilan de l'application du protocole ».
« Nous voulons dissiper toute crainte et tout malentendu quand au respect
des différents point de l'accord », a souligné Xavier Bertrand
qui a ajouté : « Si le bilan montre que, sur tel ou tel point,
le protocole n'est pas encore complètement mis en œuvre, nous donnerons
les impulsions et les instructions nécessaires. »
Le Quotidien du Médecin du : 24/03/2005